Archiduchesse Charlotte d'Autriche

Le pape est son dernier atout ; s’il accepte un concordat avec le Mexique, Maximilien peut encore être sauvé.

Je meurs sans agonie. Le 13 juillet 1866, elle s’embarque à Veracruz, sur le paquebotAux Tuileries, en cet été de 1866, on s’exprime maintenant comme l’opposition deux ans plus tôt : la « pensée grandiose » dont parlait ce naïf de Lamartine, « la grande pensée du règne », n’est plus qu’une « gigantesque étourderie ».C’est là qu’elle reçoit l’impératrice des Français ; Eugénie vient seule ; Napoléon III est resté à Vichy ; il ne refuse pas de voir Charlotte, mais il est malade et demande quelques jours de délai.Charlotte reçoit un télégramme de lui, à peine poli :Comme si ces mauvaises nouvelles ne suffisaient pas, Charlotte apprend en arrivant à Paris que la Prusse vient de déclarer la guerre à l’Autriche.

Une première biographie de Jean-Paul Bled* livre un autre visage de l’archiduchesse Sophie, mère dévouée jusqu’au sacrifice à son fils François-Joseph Ier et à la couronne d’Autriche.Sissi la "gentille" impératrice, à jamais gracieuse sous les traits juvéniles de Romy Schneider, persécutée par l’archiduchesse Sophie, sa "cruelle" belle-mère, campée par Vilma Degischer. Il fallait bien renouer avec ce passé, puisque le présent lui échappait. Maximilien est prisonnier de ce terrible dilemme : le Mexique est ruiné par l’armée française, mais sans elle, pas de paix.Il fallait faire semblant de ne pas voir le double jeu de Bazaine, ouvertement optimiste, mais secrètement défaitiste ; dans toutes ses lettres à Paris, le maréchal recommande l’évacuation ; il laisse croire qu’après son départ, Maximilien disposera encore de plus de quarante mille hommes ; il ne lui restera en réalité que six mille Autrichiens et un millier de volontaires belges,Bazaine commence à replier celles de ses troupes qui, depuis un an, défendaient le nord du Mexique.

Juarez triomphe ; ce descendant des Indiens de Montezuma va se venger sur le descendant de Charles Quint.Il le fait passer devant un tribunal militaire qui le condamne à mort. Sophie le savait. Redoutant, non sans raison, l’entrée des Yankees sur le théâtre des opérations, Bazaine ne pensait plus qu’à fortifier défensivement le nord du Mexique. Le maréchal abat son jeu, certain désormais que les Tuileries le suivront. Mais elle ne se sent en sécurité qu’auprès du Saint-Père.

Maximilien avait retrouvé tout son calme et sa majesté. C’est un éloquent réquisitoire contre la France et contre Bazaine, contre la fourberie et l’incapacité du maréchal, contre la faiblesse dont l’Europe fait preuve envers les États-Unis. Maximilien, qui, à ce moment, se préparait à quitter Mexico et assistait au déménagement de son palais, reçoit les premières nouvelles de Miramar, lui annonçant la démence de Charlotte.

Aussitôt, les Indiens déserteurs, les guerilleros de Juarez et les flibustiers nord-américains s’avancent sur ses talons. » N’a-t-il pas plutôt évoqué la lettre par laquelle Napoléon l’avait forcé à accepter l’empire du Mexique :L’« empire de Maximilien » s’est recroquevillé jusqu’à ne plus comprendre que Mexico, Puebla et Veracruz.

Or, la droite mexicaine n’obéit qu’au pape ; la solution du problème est donc à Rome. Des témoins très proches affirment qu’il trompait Charlotte avec une Indienne, femme d’un de ses jardiniers. Sur Maximilien descendent du nord, comme des colonnes d’insectes meurtriers, les juaristes flanqués de flibustiers yankees. Il ne tremble pas. Elle en devient l’inspiratrice, l’impératrice de l’ombre, comme l’écrit Jean-Paul Bled: "Sophie n’apparaît certes pas sur le devant de la scène politique. Visuel : L'archiduc Ferdinand Maximilian Joseph d'Autriche 1832-1867, vice-roi de Lombardie-Vénétie de 1857 à 1859, empereur du Mexique de 1864 à 1867, frère de l'empereur Franz Joseph I d'Autriche et son épouse, née princesse Charlotte de Belgique 1840-1927, fille du roi Léopold I et de la princesse Louise d'Orléans.

Elle ne siège pas au Conseil des ministres, n’assiste pas aux audiences de l’empereur. Son sens politique et sa détermination ont suscité l’admiration des plus grands hommes d’État. Castelnau est chargé de l’évacuation, qui commencera au début de 1867. Ce faible monarque félicitait chaleureusement Bazaine de son élévation au maréchalat, tout en le minant en dessous. Mais la jeune femme le vit comme une humiliation.Si l’archiduchesse se montre maladroite, elle ne veut pourtant qu’aider. Charlotte y contribuait, comme en fait foi sa correspondance très suivie avec l’impératrice Eugénie, laquelle défendait de son mieux le maréchal.